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Surdoué, c’est compliqué

- 11h01

Dernières modifications :

21 octobre 2018 - 18h43

Combien de fois m’a t’on dit : « Tu te prends trop la tête », « ne sois pas si perfectionniste », « tu es trop sensible », mais aussi « tu es exceptionnel », « tu as de l’or dans les mains »… Cela me fait une belle jambe, comme on dit, parce que peux en souffrir au quotidien, de cette particularité, cette singularité que je cherche et que je fuis à la fois, qui me valorise et m’écrase en même temps. Car je me sens inadapté, inadapté au monde actuel, à ses codes, ses principes, son rythme, sa complexité, sa cruauté.

Un peu de répit pour un surdoué ?

Une enfance particulière

J’ai tant souffert étant petit de me sentir isolé à l’école, dans la cour de récré, ne comprenant pas ce dont mes « camarades » parlaient, ni l’intérêt qu’ils y trouvaient : séries télés, football, stars people et autres sujets de discussion courants dans la société. J’ai grandi en haut du village, dans une famille chrétienne idéaliste, avec des parents peu intéressés par ce genre de sujets. Ma seule émission télé hebdomadaire, « la famille des collines« , me « préservait » des dérives et fantasmes véhiculés par la télévision déjà omniprésente dans les foyers.

Mon père explorait la vie et le monde, nous invitant à y participer quand nous le voulions : voyages en Angleterre pour le boulot, rénovation d’une maison, voyages en moto, découverte de l’informatique tout public et fabrication d’ordinateurs pièce par pièce, aide à la mécanique… J’ai ainsi appris à travailler de mes mains et j’ai vite remarqué que j’étais plutôt doué. A l’école c’était pareil, il me suffisait de rester concentré proche de l’instituteur pour péter des 100% aux examens sans étudier. Ce qui ne favorisait pas mon intégration.

Des cycles, un fonctionnement

J’ai aussi compris dans le même temps que j’avais une fâcheuse tendance à fonctionner à la « passion », capable de donner beaucoup d’énergie dans un projet pendant un temps, tant que la flamme est allumée, puis incapable de quoi que ce soit la période qui suivait (ou à la moindre contrariété). Je me suis alors interrogé sur ce comportement, j’ai commencé à voir un psy, puis un autre, et finalement une psychiatre avec pour question : suis-je cyclothymique ou bipolaire ? Après six mois de suivi, réponse négative, pas de diagnostic.

J’ai, par la suite et selon mon regard, flirté avec les limites de la bipolarité. J’en parlerai probablement dans d’autres articles le moment venu.

Dans le même temps, mon père faisait des recherches qui lui étaient propres et se découvrait une série de diagnostics avec, entre autres, la « douance » ou « haut potentiel ». A cette époque, je ne m’y retrouvais pas et je ne comprenais pas ce besoin de nommer des symptômes, s’attribuer des étiquettes. Je n’étais pas intéressé par tous les sujets qu’il explorait, qui pour la plupart me dépassaient : l’astronomie, la philosophie, l’astrophysique, et bien d’autres encore. Régulièrement, il me soumettait son questionnement du moment, souvent abstrait pour moi. Je me sentais frustré de ne pas comprendre, ne pas parvenir à alimenter le sujet, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Surdoué, pourquoi pas

J’ai ensuite lu le fameux livre « Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant« , et en fin de lecture, je me suis dit : « non, je ne m’y retrouve pas« . Peu après, j’en ai parlé à une amie et je lui ai sorti de mémoire une longue liste de caractéristiques qui indiquent le « haut potentiel intellectuel », et qui me correspondaient plutôt bien. Zut. Alors peut-être, mais cette étiquette ne m’intéresse toujours pas. Et pourtant, je me sens depuis toujours différent, comme si je le cherchais et que j’en souffrais à la fois.

Depuis, j’ai avancé avec ce qualificatif en suspens, tantôt me l’appropriant, tantôt le rejetant, pour finalement le trouver intéressant mais pour le moins limitant. Alors, surdoué, probablement. C’est une sinécure qui rend la vie si belle, variée, et si compliquée à la fois. Cette variété, cette ouverture particulière, je la partage avec la plupart de mes amis. Ils se retrouveraient certainement dans cette catégorie, car ils savent ce que c’est, eux aussi, de « se prendre trop la tête ». Je les remercie profondément de faire partie de ma vie.

Une réponse à Surdoué, c’est compliqué

  • Chouette article. Je partage ses sensations. Sauf qu’en classe je n’arrivais pas à écouter ou à m’intéresser la plupart du temps. Trop dans mes rêves et mes pensées. Rares ont été les profs qui ont réussis à m’intéresser. En général, c’était les profs de Latin parce qu’on sortait fortement du cadre habituel. J’ai ressentis aussi la bipolarité et j’étais assez convaincu que le diagnostic de ma psy serait celui-là mais pas du tout. Plus je creuse le sujet et plus je suis troublé par tout ce temps perdu dans ma tête à ne pas comprendre le monde. Je ne comprends pas forcément mieux le monde mais je me comprends mieux, moi.

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