Osons la joie !

Bye-bye la Thaïlande 

- 11h36

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5 septembre 2017 - 12h10

Dernier trajet intérieur avant de prendre l’avion demain matin pour Helsinki puis Amsterdam et enfin rejoindre Liège en bus. Je suis dans un minivan, ce minibus climatisé très populaire en Thaïlande et dans les pays limitrophes, pour rejoindre la capitale depuis ma dernière étape, Prachuap Khiri Khan. Je suis resté stationné, et c’est peu de le dire, pendant 6 nuits dans cette petite ville balnéaire qui doit, à mon sens, essentiellement son charme à son front de mer bordé de petits îlots montagneux, le long duquel on peut se faire masser chaque soir épaules ou pieds pour quelques bouchées de pain. Sans oublier bien entendu le marché du week-end, bien plus imposant et lumineux que les quelques échoppes ambulantes postées le long de la route de bord de mer en semaine. 

Il y a bien entendu d’autres choses à faire et à voir à Prachuap Khiri Khan, mais je n’en aurai pas vraiment profité. Je suis resté coincé dans l’univers très limité de ma petite chambre et de mon téléphone avec cette connexion internet qui me permettait de regarder des films sans trop de problèmes. Et c’est ce que j’ai fait pendant près de quatre jours complets. J’en ai probablement enchainé une vingtaine, dans une sorte de frénésie incontrôlable et inconfortable avec cette chaleur par moments insupportable. Je m’arrêtais quelques minutes, parfois un peu plus, et lorsque je me remettais à penser et à ressentir cette profonde lassitude et ce malaise dans mon corps, je m’y remettais. Parfois, je mangeais chips et biscuits, glace ou autres, parfois pas. Mon maître mot, c’était la fuite dans l’immobilisme.

J’ai essayé de me saouler mais je n’y arrive plus. Depuis plusieurs mois, presque chaque fois que je bois une bière ou autre, je suis saturé après quelques gorgées, comme écœuré. J’ai voulu le vérifier une fois de plus, tout seul cette fois. Je deviens intolérant ou fuyant des situations et des personnes qui boivent régulièrement, ou qui ont pour réflexe de boire un verre dès que le soir arrive ou que des copains sont présents. Quelque chose crie au fond de moi : pourquoi fuir ? Non, non, non ! Et en même temps, je fais pareil, mais pas de la même manière. En ce moment je fuis les autres et je me fuis moi-même. J’espère que ce comportement m’aide à me retrouver… C’est l’impression que j’ai en cet instant, mais ça change tout le temps ! 

Il y a quelques temps j’avais arrêté de prendre mon médicament thymorégulateur, car je me sentais accablé de fatigue, sans énergie, et j’avais l’impression que c’était lié. J’ai vivoté, connu quelques moments joyeux et sociaux, pour retomber ensuite dans la déprime et la fatigue. Alors j’ai recommencé à prendre cette médecine il y a trois jours. Je mets du temps à accepter que j’ai besoin d’aide… et cette aide, c’est aussi la médication. Ces derniers jours j’ai envisagé l’hospitalisation comme issue à mon désarroi. Des amis me demandent pourquoi, et je les comprends car je me pose la même question ! Il y a peu, je n’aurais jamais imaginé entrer à l’hôpital psychiatrique en réponse à mes tourments de l’esprit. Il faut croire que j’ai évolué… dans un sens comme dans l’autre. En ce moment, je n’ai pas de travail, pas de revenus, pas vraiment d’habitat et par conséquent l’hôpital peut me sembler être un endroit sécurisant qui pourrait m’apporter la stabilité dont j’ai besoin. 

Bien entendu il s’agit avant tout d’une stabilité intérieure que je cherche, mais mon éparpillement extérieur reflète ce qui est présent au dedans. Alors une manière de rassembler les morceaux à l’intérieur pourrait être de limiter la dispersion externe. L’aide médicale état (AME) dont je bénéficie en France ne couvrirait pas la totalité d’une hospitalisation, ce qui me reviendrait à 400 euro la semaine environ. Je fais donc le choix de trouver une autre solution pour le moment, tant que je n’ai pas une meilleure couverture. Trouver une stabilité par le travail ? Voilà une autre piste que je peux envisager lorsque j’ai un peu d’énergie comme maintenant, suffisamment pour arriver à me projeter et m’engager un minimum sans remettre en question mes choix de jour en jour. 

Car c’est ce qui se passe pour moi en ce moment… Je navigue à nouveau à vue, lorsque penser au lendemain ou plus loin est trop difficile je reviens une heure à la fois, je m’occupe, je fuis le questionnement qui n’est pas toujours nécessaire, loin de là, tel un alcoolique en guérison qui se doit de limiter son univers lorsque ça devient trop difficile d’envisager la suite dans les mêmes conditions que celles de l’instant. Sommes-nous tous alcooliques ? Je le crois, oui, en tous cas je le suis, dépendant de l’alcool ou de toute substance ou comportement qui vise à m’extraire du présent et de ce que je ressens lorsque c’est désagréable, alors qu’il s’agit d’indicateurs de mes disfonctionnements, comme autant d’opportunités pour les rencontrer et les régler. Mais à force de le sentir et d’y revenir encore et encore, cette sentation désagréable de rencontre du néant de l’existence me semble tellement puissante que je me sens manquer de volonté, d’espoir. Je choisis alors mes schémas classiques de contournement… mutisme, isolement, sucre, films… A défaut de l’alcool et des contextes associés, jusqu’au ras le bol qui viendra inverser la tendance, et le cycle recommence. Pour combien de temps, encore combien de fois ? 

Alors bye bye la Thailande, je garderai de toi le souvenir de ce que j’ai été, moi pendant ces deux mois : contrasté. Je suis content de te quitter, et à la fois je me sens triste. Je n’ai pas de regrets de n’avoir pas plus profité de ma présence ici pour découvrir les merveilles que tu proposes. Je suis arrivé ici dans un contexte particulier, peu après une période d’extase et une hospitalisation, et voilà que je t’ai rencontrée dans une période de dépression. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier et de profiter de nombreuses choses, même si les points de tension interne ont été nombreux. Je recommanderai donc à chacun de te visiter, et j’espère moi même te revoir, principalement pour le massage Thai que j’ai adoré et que j’aimerais tant continuer. Mais pour cela, j’ai besoin de stabilité intérieure… alors je te dis aurevoir, peut être à bientôt, peut être pas. 

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