Osons la joie !

Qu’est-ce que je fous là ? 

- 04h15

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24 août 2017 - 07h30

Nous voilà de retour en Thaïlande, après une escapade de deux semaines au Laos et au Cambodge. Alors que j’écris ces lignes, nous avons rejoint quelques amis et poursuivons notre périple vers les îles du Sud pour y passer un peu de bon temps ensemble. Après un vol Phnom-Penh tard dans la soirée et une nuit proche de la gare de Bangkok, nous filons au guichet réserver un voyage vers Chumphon en troisième classe. Nous ne pouvons renter directement dans le train car des équipes sont occupées à le nettoyer de fond en comble, vitres y compris ! Du jamais vu, ça m’étonne, m’amuse et me fait plaisir, moi qui aime laver les vitres et les vitres lavées… 

Le voyage sera plutôt confortable dans un wagon presque vide. Il faut dire que le train de 15h10 était plus cher que celui de 13h, probablement raison pour laquelle il restait tant de place alors que le train précédent était complet. Nous arrivons donc à Chumphon et nous passons la nuit dans une guesthouse proche de la gare, répartis dans deux chambres doubles pour tous les cinq. Un peu comme des enfants qui font une bêtise, nous voulons nous présenter à quatre puis attendre pour faire entrer le cinquième une fois les formalités réglées, mais c’est complètement raté… et cela ne pose aucun problème. Du coup nous renouvellerons cette technique sur l’île de Koh Tao que nous rejoindrons le lendemain, mais là ça ne se passera pas sans encombres.

Le lendemain matin donc, ou plutôt fin de matinée, nous relevons le défi de nous rendre par nos propres moyens jusqu’à l’embarcadère du high speed catamaran Lomprayah qui nous mènera à Koh Tao, mais nous comprendrons vite que c’est mort si on ne s’y prend pas plus tôt. Il est clairement annoncé que la navette coûte 100 BHT et le taxi touk touk que nous avons arrêté nous demande 500 BHT pour tous les cinq, impossible de négocier et pas le temps de chipoter. Il nous dit de prendre le bus. Cela prédit une arrivée dans un milieu touristique bien rodé, ce que la présence de centaines (beaucoup en tous cas) de personnes à proximité du bateau nous confirmera, après un voyage d’une demi-heure dans le bus Lomprayah climatisé. 

Il y a plusieurs bateaux pour rejoindre Koh Tao depuis Chumphon. Celui de base c’est Songserm qui part le matin à 7h pour 500 BHT, puis le rapide Lomprayah à la même heure et aussi à 13h pour 600 BHT. Enfin possibilité de prendre des cargos de nuit (toujours pour 500 BHT)  vers 22-23h mais notre train étant arrivé vers 23h30 la veille nous n’avons pas eu cette possibilité. 

Débarquement à Koh Tao… C’est beau, bien entendu, mais tout est beaucoup plus cher, et cela me pose problème. La nuit passée à 400 BHT pour 5 sur le continent se paiera ici 700 et plutôt 800 ou 1000 BHT en général. Puisqu’il s’agit d’une île, la plupart des produits sont importés, même les bananes, qui se vendent 2 fois plus cher qu’à Chiang Mai, par exemple. Mais les glaces magnum sont aussi plus chères, alors on a toujours le choix entre celle-ci et un régiment de petites bananes pour le même prix. Les petites ruelles de bord de plage débordent de boutiques proposant plongée, location de bateaux et autres réjouissances, tant et si bien que j’ai envie de tourner les talons et me réfugier au sommet d’une montagne pour contempler la nature et plonger… en moi. 

Qu’est-ce que je fous là ? Cette question résonne en moi tout comme elle a déjà résonné tant de fois au cours de ce voyage. Elle m’est familière et elle soulève un questionnement plus profond. Il ne s’agit pas seulement de savoir ce que je fais ici à Koh Tao mais aussi ce que je fais ici sur Terre. C’est toute la difficulté de cette question et la délicatesse de la situation lorsqu’elle surgit. Lorsque le rationnel s’efface, je dois me souvenir que derrière, se cache une émotion venue d’ailleurs, de l’enfance ou bien avant, voire un poids qui ne m’appartient pas. Alors je temporise parce que j’ai peur, ou parce que je ne sais tout simplement pas comment laisser vivre cette émotion enfouie. Comme si j’avais à chaque fois besoin de m’isoler, de murer une partie de moi pour arriver à un espace sécurisant qui me permette de libérer cette souffrance. Quel drôle de jeu dans lequel je me sens à nouveau pris en cet instant. 

Je laisse alors les copains aller boire un fruitshake au bar qui fait le coin et je reste seul. Je me mets à écrire, puis à pleurer, une fois de plus. Et des choses se libèrent, mon corps se soulage, et dans le même temps ma pensée évolue, une fois de plus. 

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