Osons la joie !

Avant tout, j’écris pour moi

- 14h58

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19 août 2017 - 15h10

Au départ, j’écrivais pour répondre à une furieuse envie d’exister, de dire ce qui me traverse, croyant que cela était important et novateur, dans un élan extatique que je ne peux vraiment décrire ni nommer. Par la suite, mon besoin d’écrire à évolué et mon côté sauveur de l’humanité s’est mis de côté. J’avais néanmoins toujours besoin d’être lu, envie qu’on me réponde, qu’on réagisse, montrer que j’existe et me sentir reconnu. Rien de tout cela n’est arrivé. Maintenant je crois que j’entre dans une phase où je reconnais que j’ai besoin d’écrire pour moi-même avant tout. Peu importe si on me lit. C’est un genre de thérapie relativement instantanée. Un exutoire lorsque des émotions, des pensées émotionnelles sont présentes et qu’il m’est plus facile de les laisser couler, les extérioriser en laissant glisser mes doigts sur l’écran de mon téléphone. Alors pourquoi diffuser tout ça sur internet ? Et pourquoi pas… Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, j’ai essayé mais n’y suis pas arrivé, alors je partage ce que je vis de cette manière-ci. Je considère, j’aimerais que cette transparence soit plus commune et que tout un chacun puisse se livrer tel qu’il est, même si parfois c’est dur, ça fait peur et ça peut blesser aussi. 

En ce moment même, je visite le centre de détention des khmers rouges S21 au centre-ville de Phnom-Penh. Je viens de stopper ma visite car c’est trop pour moi. J’ai déjà visité Auschwitz et c’était une expérience que j’étais en mesure d’encaisser à l’époque, mais aujourd’hui je perds pied lorsque je me retrouve confronté au sens de la vie à travers les récits qui contiennent tant de cruauté et de non sens. Je n’en parlerai donc pas dans cet article, je ne décrirai pas ce que j’ai entendu grâce à l’audioguide francophone ni les milliers de photographies que j’ai vues, car ce qui me préoccupe en cet instant est de gérer et comprendre l’état émotionnel dans lequel je me retrouve et qui me pousse à écrire ces lignes. 

Depuis quelques jours, je me sens bien. Je sens que des choses se sont rétablies en moi, mais je constate en cet instant que cet équilibre est bien précaire, cette guérison prend du temps, beaucoup de temps pour moi. Je ne sais pas ce qui en découlera, mais je veux croire que ce sera beau. Je sens l’émotion latente qui oscille au fond de moi, et j’attends ce moment où je pourrai l’extérioriser. Lâcher la carapace qui est occupée à glisser sur moi, par peur de la maladie et de la folie, une sorte de contenant qui me rend alors froid et distant. Comprendre et me rappeler que les idées qui viennent alors ne sont que des idées protectrices, comme une sur-couche de l’émotion plus profonde qui demande à s’exprimer. 

Une fois seul dans un milieu sécurisant, je pourrai alors extérioriser ce qui est présent, le laisser sortir, le laisser vivre, en détacher les mots trompeurs qui s’effacent au fur et à mesure que les pleurs progressent. Même si la tristesse qui s’exprime en premier c’est de me sentir démuni face à mes fluctuations, je remarque que dès que je laisse vivre l’émotion sans m’accrocher à la raison, ce sentiment évolue et mon regard change rapidement. C’est la magie de la libération émotionnelle (tipi, l’alchimie…) que je vis et que je réapprends en ce moment, redécouvrant peu à peu sa puissance et son importance. 

Toute la subtilité, la nécessité est ensuite de laisser descendre les nouveaux points de vue qui apparaissent et de les confronter, les partager et accepter les retours afin de ne pas dévier comme je l’ai fait début de cette année. 

In fine, j’aurai vécu ce soir deux heures de difficultés et de retrait social, le temps dont j’ai eu besoin pour me permettre de libérer une émotion qui s’est présentée au cours de la visite du camp S21… 

Alors, finalement, j’écris bien pour moi, puisque l’écriture me sert à découvrir ce qui évolue en moi. Et si ça t’est utile, si ça résonne, si ça t’interpelle, toi qui lis ceci, tant mieux. Ne me le dis pas. 

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