Osons la joie !

Quand le poivre me prend le nez

- 13h29

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19 août 2017 - 08h22

Avant de terminer notre voyage par les îles du sud de la Thailande, nous passons quelques jours au Cambodge. L’occasion de découvrir la vie du frère expatrié à Phnom-Penh, mais aussi de prendre du temps tous les deux du côté de Kampot et Kep, sur la côte sud, à quelques encablures du Viêtnam. Le séjour y est bien agréable, et ce n’est pas tant lié aux charmes de ces bourgades de bord de mer, qu’à l’évolution de mon équilibre intérieur. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? 

Il y a deux jours, alors que nous étions dans le bus, quittant la capitale cambodgienne, j’ai eu une prise de conscience, comme un flash, un arrêt sur image : mais… je me sens bien ! Comme si je re-découvrais un état que je n’avais plus connu depuis bien longtemps. Je me suis surpris à retrouver de l’intérêt et de la curiosité pour ce qui m’entoure, voire l’envie de discuter avec des personnes qui se présenteraient à moi. Petite révolution intérieure, car depuis plusieurs jours je me sentais fermé et constamment en retrait social, sans énergie, en mode déprime voire en dépression. 
Je crois d’ailleurs que je vis une longue descente, ou plutôt une lente remontée après ma chute survenue lors de mon hospitalisation en mai dernier. Cet événement traumatique est bien resté ancré en moi, tant en ce qui concerne les circonstances extérieures (milieu hospitalier, relations familiales, tentatives d’aide et tromperies que j’aborde dans d’autres articles) que les circonstances intérieures, à savoir mon chemin de vie, qui me mène là où je suis maintenant. Qu’est-ce qui est faux, vrai, réel, utile ou non, ou en partie ? La séance de yoga à Kampot vient de se terminer, et je suis en mesure de confirmer l’intérêt de ces pratiques dans ma vie. C’est bon de m’en rappeler par la pratique, tout comme j’avais vécu un apaisement bien nécessaire il y a quelques semaines au cours d’un stage de méditation dans le Nord de la Thailande, entre Chiang Mai et Paï. 

Mais ce n’est pas tout. Je dois prendre en compte ma manière d’accueillir ou de bloquer mes émotions. Ces derniers jours, je me sentais de plus en plus en protection, comme distancié voire dissocié, sur fond de « à quoi bon ? ». Tant et si bien que je suis allé loin dans les idées et le ras le bol, suffisamment loin en tous cas pour qu’une carapace lâche et que, derrière cette apparente indifférence pour moi même et pour les autres, puisse s’exprimer la tristesse que je porte, encore et toujours, de ces souffrances familiales et de leurs conséquences sur ma personnalité et ma vie.. C’est donc également face à un ras le bol de me retrouver encore et encore en présence de ces émotions de colère, de tristesse et de peur que je me retrouve maintenant. 

Pour simplifier, je suis à nouveau en rapport avec ma blessure de rejet, et je compose avec, tantôt en la niant, tantôt en l’acceptant, parfois en la provoquant… Entendons-nous bien : bien que je ne sois pas arrivé au bon moment, comme tant d’autres avant et après moi, et que j’aie par conséquent vécu au plus profond de mon être un rejet de vie, il ne s’agit pas ici de reporter une quelconque faute ou ressentir une colère envers autrui. Après des cris vers ma mère (voir article antérieur), me voici dans un moment important d’acceptation de cet état de fait. Je suis un Être blessé, nous le sommes tous, et je peux choisir de me complaire, me plaindre, me résigner, ou en faire ma force, une douce puissance de vie, un trait de personnalité assumé. 

Mais qu’est-ce qui détermine l’une ou l’autre l’option si ce n’est mon équilibre intérieur, mentionné plus haut ? C’est en effet de lui que dépendent mes pensées du moment, et par conséquent les actions qui s’en suivent. Cet état intérieur, j’apprends qu’il peut s’agir presque exclusivement des microbes dont je suis composé comme toute chose sur cette terre. C’est apparemment une nouvelle révolutionnaire, une manière d’expliquer notre fonctionnement au regard des microbes qui nous dirigent, une vision chimique de l’humain en quelque sorte. C’est ce que j’ai perçu dans le bus avant-hier. J’ai senti que mon équilibre psycho-chimique était plutôt bon, et j’ai souhaité mémoriser cette configuration pour m’en rappeler lorsque je serai à nouveau sur le fil, dans le doute ou le désespoir. Alors nous avons fait un exercice de type PNL pour mémoriser cet instant et formuler une intention que j’ai gravée dans mes cellules. On verra ce que ça donnera ! 

Il y a quelques jours, j’ai extériorisé des émotions liées au passé et regardé à nouveau dans les yeux cette blessure de rejet et le mécanisme que je provoque. Par ailleurs, j’ai aussi décidé de me foutre la paix ( cfr Fabrice Midal), et j’ai dans le même temps interrompu ma prise de médicament thym régulateur. Je vais mieux, je me sens mieux, je souris à nouveau, j’ai envie de partager ce que je vis, je retrouve de l’enthousiasme de manière générale. Ceci dans une grande prudence, avec la nécessaire introspection pour vérifier si je suis sujet ou non à déraper à nouveau vers l’extase… 

Suite à cet épisode de vie début mai et l’hospitalisation qui en a suivi, j’en suis arrivé à prendre peur de mon propre enthousiasme parfois… Et comme si ça ne suffisait pas, cela peut m’être aussi renvoyé, sous forme d’interrogation et de partage bienveillant par des proches impliqués dans cette récente histoire qui soulève une question à laquelle il n’y a pas de réponse claire à ce jour : suis je bipolaire ? Suis-je en crise parce que je suis enthousiaste ? Lorsque cette question se pose dans mon entourage, ma première envie est de ne plus donner de nouvelles. D’un autre côté je préfère que la question me soit posée directement plutôt que de fabuler, s’inquiéter chacun de son côté.  

Bref, revenons à nos moutons. Impossible de passer par Kampot sans visiter une plantation de poivre, ce célèbre grand cru proclamé meilleur poivre au monde par les plus grands chefs ! On se retrouve alors dans le countryside, la campagne quoi, et lorsque je comprends que la plantation que l’on visite aura besoin de personnes francophones pour travailler en haute saison comme guide pour les touristes, le poivre me monte au nez et je commence à rêver. Quel bien ça me fait, de m’imaginer alors expatrié, réalisant que c’est déjà ce que j’ai fait en partant de Belgique vers le sud de la France. Alors, France, Thaïlande, Lettonie, Australie ou Cambodge, quelle différence ? Le tout pour moi est de suivre une flamme, mûrir un projet et m’y tenir. Car lorsque je re-découvre le bonheur et la paix dans l’instant, peu importe l’endroit où je me trouve ni la distance qui me sépare de mes proches… 

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