Osons la joie !

États d’âme à Pakbeng

- 14h57

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17 août 2017 - 03h46

Nous sommes en croisière slow boat depuis HouayXay, au nord ouest de la Thailande, jusque Luang Prabang, l’ancienne capitale du Laos. Cette fois, nous prenons tous les deux la plume, pour transcrire ce qui nous habite, nous irrite, nous réjouit après cette escale, brève mais intense, dans le village de Pakbeng. Attirés par la descente de ce fleuve mythique à travers la jungle, nous sentons n’être qu’une petite goutte parmi ce flot de touristes qui coule depuis tant d’années, et qui a généré peu à peu avec le temps des attitudes, des techniques de vente qui nous poussent à l’introspection. 

Le Resort flambant neuf, à l’approche du village de Pakbeng, nous montre un sacré décalage avec les quelques huttes et habitations sur pilotis en toit de tôle aperçues tout au long du parcours. Nous avons débarqué dans ces villages des passagers qui utilisent ce moyen de transport, bien plus rapide que la route en cette région du Laos ! Le slow boat emmène donc avec lui tant des locaux dans leur quotidien que ces touristes, qui, comme nous, cherchent le dépaysement. 

Et puis, le débarquement, c’est la ruée. « I have a room for you » , nous dit une petite fille de 7-8 ans. « Do you have a room for tonight? » Cette question fuse de partout, alors même que nous n’avons pas encore récupéré nos sacs. Au début, on dit que oui, qu’on a booké, même si ce n’est pas vrai. D’autres touristes ignorent simplement ces sollicitations. En fait, après une journée de bateau, on a juste envie de marcher tranquillement tous les deux, et de choisir notre logement au gré de notre intuition. 

Comme partout depuis notre arrivée en Asie du Sud est, tant qu’on a notre sac sur le dos, on se sent comme des proies, assaillis de multiples propositions pour manger, dormir et voyager… Une fois le logement trouvé et nos affaires déposées, on peut enfin souffler et relâcher la pression. Comment choisir à qui donner de l’argent et comment identifier clairement nos besoins du moment, individuels et communs ? Ce sont les problématiques les plus récurrentes et les plus difficiles à gérer, surtout lorsque nous sommes devant l’insistance de jeunes rabatteurs, à laquelle nous n’étions pas préparés. 

Favoriser la guesthouse que nous propose une petite fille attendrissante, avec la question que cela soulève en nous à propos du travail des enfants ? Un vendeur original qui prend une voix aiguë puis change de voix et rigole avec les gens ? Une chambre climatisée, pour une fois ? Un endroit calme, ou plutôt animé pour faire des rencontres ce soir ? Finalement on en vient à se questionner sur ce grand théâtre : quels sont ces rôles que nous jouons tous ? Quelle est l’histoire de chacun, qu’est-ce qui motive ces personnes à nous susurrer à l’oreille « I have a special discount for you« ? Quel est leur regard sur nous, quels sont leurs a priori ? Comment sont ils organisés entre eux, quelle est la solidarité présente, y a t’il une redistribution dans certains cas ? Etc etc. 

Parfois, nous devons nous rappeler que nous sommes tous bien humains. Une promenade le soir, quelques sourires, un moment de connivence avec quelques enfants nous permettent de reconnecter avec notre âme et échanger tous les deux sur ce que nous vivons interieurement. Car on se prend au jeu, on connaît notre pouvoir en tant que touristes en basse saison et on en vient facilement à discuter les prix, encore et toujours. On s’emporte alors dans une espèce de fièvre et parfois même de rancœur contre ces personnes qui annoncent des prix « surfaits », alors, qu’au fond c’est contre le système que nous en avons, pas contre les personnes et les personnages que nous rencontrons dans ce grand jeu !

Alors, une fois reconnectés, on décide d’aller manger et on choisit un petit restaurant avec une carte assez abordable. Le bal des petites arnaques est annoncé puisque, une fois assis, notre hôte nous présente la même carte, mais avec des prix 30% plus élevés… Après quelques hésitations, avons-nous rêvé, nous lui signalons et il nous ramène la carte originale, prétextant que celle-ci serait pour les plus petits appétits, mais que ça nous irait, bien entendu. Mais c’est bien sûr. Puis au moment de payer, voilà qu’il omet de nous rendre un billet ! Si nous ne sortions pas de ce moment méditatif tous les deux, nous aurions facilement pu nous enflammer intérieurement comme extérieurement, et ce n’aurait pas été la faute des épices puisqu’il n’y en avait pas !

Les tentatives sont nombreuses, et celles que nous vivons au Laos sont plus subtiles qu’en Thaïlande. Ici, le vendeur baisse tout seul son prix lorsque nous discutons entre nous et n’avons même pas encore négocié quoi que ce soit, n’étant pas certains de l’achat. Ceci tant pour des vêtements au marché de nuit que pour la location d’un scooter ! Par contre, quand on propose un prix trop bas et qu’on s’y tient, on ne parvient pas à un accord. C’est un protocole, chaque partie renchérit une somme à la rencontre de celle proposée par l’autre. Parfois le jeu se vit dans la joie, comme lorsque cette vendeuse s’est marrée en annonçant un prix vraiment haut sans grande persuasion. C’est alors là que la rencontre est possible et que le jeu devient conscient et drôle ! 

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