Osons la joie !

Entre Chiang Rai et Chiang Khong

- 14h21

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8 août 2017 - 17h26

Dans ce vieux bus a l’aspect métallique garni de sièges pour nains, j’observe le chauffeur qui semble nous guider sur la route avec assurance, malgré ce flottement dans la direction qui n’est pas sans me rappeler mon vieux camion qui m’attend patiemment au sud de la France. J’observe aussi l’accompagnatrice qui perçoit les quelques Bhats demandés pour notre dernier trajet en Thaïlande… pour les deux semaines à venir.  

Deux heures après avoir embarqué à bord de l’ancêtre, nous devrions être débarqués, au mieux à la douane Thailande-Laos, au pire à l’embranchement de l’unique route qui mène au poste frontière, quelques kilomètres en amont de la ville de Chian Khong, au nord ouest de la Thailande. Comme nous ne sommes que trois dans ce bus local à avoir des têtes et des équipements de touristes, il y a fort à parier que nous serons déposés au pied de nos amis touktouk qui nous offriront à prix d’or notre toute dernier ligne droite dans ce pays, le bus ne faisant le détour que pour une dizaine de passagers minimum. Nous aurons alors le choix… d’accepter ou de chipoter, râler, jouer, refuser et marcher… plus tellement pour une question d’argent mais presque par principe contre cette mafia tuktuk et ses prix forfaitaires surfaits, même s’il ne s’agit à nouveau que de l’équivalent de quelques euros.

Après coup : le tuktuk demandait 400 puis rapidement 300 BHT pour faire 12km avec trois personnes. On s’est mis d’accord entre nous qu’on voulait jouer et proposer 200 BHT. Après l’avoir signalé et s’être essuyés un refus, nous nous sommes mis à marcher. Il n’aura pas fallu 20 mètres pour qu’on entende « ok » derrière nous…

Je me rappelle notre arrivée à Chiang Mai, encore novices après seulement quelques jours à Bangkok, alors que le bus de nuit nous débarquait à plusieurs kilomètres de la ville et que nous attendaient des taxis, demandant un tarif ne tenant aucunement compte du nombre de personnes entassées dans la cabine collective à l’arrière. 

Nous avions été réveillés deux minutes avant l’arrivée, c’est donc dans un brouillard de l’esprit et avec nos a priori de voyage que nous avions appréhendé la scène. Nous étions alors les seuls à vouloir négocier, alors que pas grand monde ne savait exactement où on se trouvait, ni les solutions que nous avions pour nous rendre au centre ville de Chiang Mai. Quelques minutes durant nous avons ainsi vécu un espèce de flottement, ne sachant trop que faire ni que penser, tandis que les chauffeurs attendaient relativement patiemment que nous nous décidions, ou que nous nous réveillions tout à fait. Je me rappelle m’être demandé si c’était comme ça tous les matins… Et je me suis amusé de ce petit jeu que nous jouons tous sur cette terre, et plus particulièrement ces touristes innocents qui rencontrent ces locaux tout aussi innocents…

Je suis le seul à connaître le regard que je porte envers autrui à tout moment, sans pour autant avoir conscience de l’ampleur du mécanisme et du conditionnement qui crée ce regard. Je me demande souvent ce qu’il en est de l’autre côté. Est-ce que ce chauffeur de taxi, ce touktouk imagine parfois qu’il fait partie d’un grand jeu ? Que pense-t-il et que ressent cette dame lorsqu’on lui propose 70 BHT pour une petite pochette à bandoulière alors qu’elle nous annonce 100 BHT ? Son refus et la tension dans sa mâchoire me laissent croire que ce n’est pas agréable pour elle et j’en suis désolé. Quand il est convenu que les prix sont surfaits pour les étrangers, on se prend au jeu et on maintient tant que possible les prix les plus bas. Mais au fond lorsqu’on le prend au cas par cas, on se rend compte qu’on dort en chambre double avec salle de bains pour 5,50 € la nuit, on mange en général pour 2 ou 3 € maximum un bon repas… 

Voilà que je parle à nouveau d’argent, alors que ce qui m’a poussé à prendre mon téléphone pour écrire, c’est l’observation du bus et du paysage, me demandant qu’elle était la nécessité d’avoir des bus hyper modernes avec cartes de paiement sans contact et air conditionné et des urinoirs avec déclencheur de chasse à faisceau infrarouge… si ce n’est parce que nous serions pris dans une course à la modernité, et avec au cœur de cette course la monnaie et l’auto génération de cette dite monnaie comme seul moyen de survie dans cette course folle ?  

Pourtant on découvre tellement d’autres réalités, tant d’autres manières de faire et de penser, que ce soit autour de chez nous ou à l’autre bout du monde. Comme on dit, le voyage est avant tout intérieur. Il ouvre l’esprit et le cœur lorsque une rencontre authentique devient possible, sans pour autant en connaître les conditions. Elles étaient visiblement réunies lorsque j’ai été invité à table alors que ma partenaire de vie et de voyage se faisait couper les cheveux, un de ces derniers soirs. Mais la rencontre authentique c’est avant tout celle avec moi même, voyageur intérieur qui accepte de temps à autres de jouer ce jeu d’écriture et de laisser couler les mots de mon âme, sans but précis, si ce n’est celui de vivre pleinement l’instant qui se déroule sous mes doigts. 

Écrivons, Partageons, Voyageons. Hugh.  

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