Osons la joie !

Les a priori en voyage

- 17h13

Dernières modifications :

3 août 2017 - 17h54

Quand on voyage, on recoit inévitablement les anecdotes des autres, leurs recommandations, mais aussi leurs à priori, qu’on l’ait demandé ou non. On prend aussi volontairement des renseignements sur internet, dans les guides… Et tout cela forge une vision plus ou moins détaillée de ce qui nous attend une fois arrivés, tantôt naïve, tantôt dangereuse, par exemple. 

Pour notre part, nous n’avions pas pris une foule de renseignements mais simplement discuté avec quelques amis ayant déjà voyagé dans cette région, et mis à part la beauté du pays, l’accueil de ses habitants et la qualité de ses mets, ce qui ressortait principalement parmi ces précieux conseils, ce sont les attrapes touristes omniprésents, ainsi que l’art du marchandage qu’il convient de développer pour y répondre.

Que d’avertissements reçus notamment à propos des taxis et du fameux taximeter qu’il faudrait demander coûte que coûte, pour ne pas se faire arnaquer avec un prix fixe pour la course, qui est alors deux à trois fois plus élevé que le tarif « officiel »! Un autre à propos de la location, apparemment incontournable, de scooters pour visiter les environs des villes où nous nous retrouverons. Attention de bien vérifier l’état de l’engin avant, prendre des photos et ne pas le ramener avec une égratignure de plus que ce qu’il avait au départ, sans quoi on risque de devoir en découdre avec le prestataire. De manière générale, le conseil lorsqu’on débarque en Thaïlande pour la première fois, c’est de se méfier de toute proposition qui vient à nous spontanément et qui implique de l’argent. A forciroi si on vient nous proposer de faire des économies. 

Nous sommes donc partis avec ces précieux conseils qui nous ont préservés et nous ont guidés à travers les sollicitations incessantes que nous apprehendions avec beaucoup de méfiance, par conséquent. La peur d’être vu constamment comme un portefeuille sur pattes, vient ainsi perturber les rapports humains, et le sourire même du Thaïlandais qui nous salue depuis sa petite échoppe nous fait titiller et perd de son authenticité à nos yeux. C’est bien malheureux. Alors comment faire ? Garder son calme, comprendre qu’il ne s’agit que d’un jeu, le jeu de la Vie dans lequel la méfiance nait de l’incompréhension liée au décalage culturel et économique dans lequel on se retrouve à cet instant ? Cet exercice, nous l’avons vécu avec un rabatteur de tuktuk à Bangkok, et j’en garde un excellent souvenir. 

L’arnaque du touk-touk

Un ami m’avait raconté son épopée lors de son à voyage en Thaïlande voilà quelques années : il s’était retrouvé embarqué dans une magnifique arnaque, qui n’en était plus une puisqu’il l’avait déjoué et tournée à son avantage, d’une certaine manière. Je la raconte ici de mémoire, comprenant que c’est le fonctionnement général qui est intéressant, pas tellement les détails. 

Voilà donc le copain a Bangkok. Une personne l’aborde et lui dit que c’est une journée spéciale avec le tuktuk à 1 BHT (38 BHT = 1 € actuellement, donc autant dire qu’il voyage gratuitement) pour faire toute une tournée de lieux touristiques, monuments etc, qui seront de plus gratuits. Après avoir reformulé, demandé confirmation et surmonté ses a priori et ses craintes liées à l’étrangeté de la proposition, il accepte de se laisser embarquer dans l’aventure. Sur le chemin, il va recevoir des propositions détournées l’invitant à débourser son argent. Le premier type, plutôt facilement déjouable, consiste à s’arrêter devant une boutique de costumes, l’invitant à renouveler sa garde robe car, bien entendu, quel que soit le look du baroudeur et sa barbe de 3 semaines on porte tous des costards 3 pièces et on en a tous besoin, c’est bien connu. En insistant un peu, on peut se défaire de ce genre de sollicitation, pour autant qu’elle ne vire pas à l’injonction.  

Le deuxième genre d’histoire est bien plus subtil… Au cours de la journée et de sa balade privilégiée en tuktuk, il rencontre un « touriste » avec qui il sympathise, tout à fait naturellement, et au bout d’une demi-heure il se voit recommander un magasin pour acheter des pierres précieuses, une super affaire, et blablabla. Ceci étant amené de manière tellement fine, il n’aura jamais la certitude qu’il s’agissait d’un coup monté, mais tout de même… ça en a tout l’air et ça semble cohérent dans l’ensemble. Voici donc la généralité qui ressort de cette histoire et qui nous accommagne lors de notre arrivée à Bangkok : les Thaïlandais, et surtout les tuktuk, sont des maîtres de l’illusion et de la belle histoire pour soutirer de l’argent aux nombreux touristes qui défilent devant eux. 

Cela me fait penser à ce magnifique film dont j’ai oublié le nom au sein duquel un jeune indien vend par internet et sur photos truquées des séjours dans son « hôtel de rêve » qui, dans la réalité, ne correspond en rien à ce qui était promis. On voit son enthousiasme, il dit oui à tout et on s’émerveille de cette histoire qui nous parle de ce décalage culturel et économique qui engendre surtout un décalage dans les perceptions et les conceptions du bonheur, finalement. 

Nous voilà donc à Bangkok, le lendemain ou surlendemain de notre arrivée en Thaïlande, lorsqu’une personne à chemise lignée nous demande : « where are you going? » On le voit venir de loin, on imagine déjà la suite puisque ce n’est pas le premier avec une belle chemise à nous aborder de la sorte… Alors voyons ce qu’il y a derrière ! Tandis que ma chérie monte déjà dans les tours en son for intérieur et suggère de couper court à la discussion, j’ai cet élan de patience et de curiosité qui me pousse à jouer le jeu. En effet, la personne précédente nous avait dit d’aller à tel et tel endroit et qu’en tuktuk ça coûterait seulement 30 BHT, que les visites étaient gratuites aujourd’hui parce que c’était une fête bouddhiste et qu’il fallait absolument qu’on en profite. 

Du coup on expose tout ça à notre interlocuteur, qui directement nous monte toute une histoire complémentaire comme quoi les tuktuk jaunes auraient droit à des coupons d’essence du gouvernement, et que c’est pour ça qu’ils proposent ces tarifs spéciaux. Il nous invite par conséquent à ne pas prendre les tuktuk roses qui seraient des touk-touk privés. Il nous sort donc la même histoire mais 10 BHT moins cher évidemment. Avec le même plan photocopié sur lequel étaient entourés les mêmes Bouddha assis, Happy Bouddha, Bouddha cela… 

On freine son enthousiasme, on le remercie poliment et on passe notre chemin, contents de cette nouvelle histoire. Le lendemain, la patronne de notre guesthouse nous apportera quelques détails croustillants. Lorsqu’un touk-touk dépose un étranger chez un marchand de costumes, il recevrait 200 BHT de la part du vendeur, que le touriste achète quelque chose ou non.

Avec tout ça lorsque j’ai vu, parmi une magnifique collection de tableaux au marché de Chiang Mai, deux peintures côte à côte représentant deux touk-touk, j’ai presque pris peur et imaginé qu’ils pourraient sortir tout droit d’un cauchemar au sein duquel ils me poursuivent… C’est grave docteur ? 

Quelle surprise d’entendre cela… Et je suis certain que la mafia des tuktuk nous réserve encore bien des surprises ! Je me suis demandé ce que ça ferait de proposer à un touk-touk de jouer son jeu et d’aller dans plusieurs magasins de luxe pour qu’il se fasse une belle journée et qu’il prenne des vacances, mais sait-on jamais, peut être que la mafia des tuktuk est la même que celle des costumiers. Peut être même qu’il s’agit tout simplement d’une sorte de solidarité qui s’est mise en place afin que chacun profite au mieux du tourisme de masse qui a un impact inévitable et considérable sur la vie et l’environnement du peuple thaïlandais ! 

Ceci étant, le touk-touk c’est marrant, généralement bien décoré et parfois aménagé avec une sono qui pète le feu, des néons et un pot d’échappement sport, alors une fois qu’on s’est mis d’accord sur le prix du transport on en profite à fond ! 

Laisser un commentaire