Osons la joie !

Tu te prends trop la tête !?

- 16h12

Dernières modifications :

29 juin 2017 - 16h58

S’il y a bien une phrase que j’ai beaucoup entendue et qui me poursuit, c’est celle là. Je me souviens encore très bien, alors que j’avais environ 18 ans, entendre mon amoureuse de l’époque me dire « tu te prends trop la tête !« . Il faut dire qu’elle excellait de son côté pour savourer la vie et ne pas aller trop dans les détails du pourquoi du comment. J’en étais d’ailleurs régulièrement frustré car il était important pour moi d’expliquer et décortiquer les situations par moments pour parvenir à comprendre ce qui coince. Quand je partage mon analyse, mon regard et que m’est renvoyé ce « tu te prends trop la tête« , je ne me sens clairement pas rejoint dans ma réalité du moment et j’en souffre alors d’autant plus.

tu te prends trop la tete

Depuis longtemps donc, je me prends trop la tête. Ça me fait une belle jambe ! Je veux bien, moi, moins me prendre la tête et vivre plus légèrement. Je ne demande que ça d’ailleurs, même si ça ne se voit pas toujours. Mais comme j’ai un cerveau particulier (puisque c’est le mien) je fais avec et je traverse tant bien que mal ces périodes au cours desquelles « il prend le dessus ». Je dois dire que dans ces moments là, me renvoyer que je me prends trop la tête ne me permet pas vraiment d’avancer, si ce n’est de me renvoyer en pleine figure ce que je sais déjà et ce qui est à la base de ma souffrance, justement. Vient alors, lorsque l’empathie est au rendez-vous, « de quoi as-tu besoin ?« , cette question-clé tellement essentielle et bénéfique.

Cette empathie, elle peut venir des autres, mais tout aussi bien de moi, comme l’autre jour depuis mon arbre perché. De quoi as-tu besoin, un peu comme le démineur qui vient tout simplement déconnecter les bons fils avant que la bombe n’explose…

J’ai alors parfois simplement besoin d’un contact, d’une présence, étant entendu qu’il ne s’agit pas là de mon besoin profond mais bien d’un sparadrap bien utile et efficace, et tant pis si c’est un transfert de je ne sais qui sur je ne sais quoi. J’apprends en ce moment à demander de l’aide… À l’univers, aux amis, à la famille parfois. Plus tellement pour des choses matérielles ou des coups de mains, mais surtout pour une présence extérieure quand « je me prends trop la tête » se manifeste. Et petit à petit, ces moments d’authenticité s’amplifient, co-évoluant avec ces personnes qui me sont nécessaires et bénéfiques, partageant des mêmes bouts d’univers, comprenant qu’on est quelques-uns à connaître ce « tu te prends trop la tête« .

C’est ce que j’ai vécu hier soir. Je suis dans un moment charnière de ma vie, à nouveau. Mon chemin se termine auprès de ma maison achetée deux ans plus tôt, et je décide de la mettre en vente sans terminer le projet de rénovation. Car ce chantier me prend trop la tête, dans le sens où il ne correspond plus à ce dont j’ai besoin maintenant ni ce à quoi j’aspire. Je réalise en cet instant que je concrétise peu à peu mon rêve de vivre avec une petite famille sur un terrain dans un habitat léger, entourés d’une communauté de vie, d’amis tout simplement. Cette maison était une étape vers ce projet car j’avais encore bien des choses à régler en moi avant d’être capable d’accéder à cette vie à laquelle j’aspire depuis plusieurs années maintenant.

Et je ne me fais pas d’illusions, j’ai encore plein de trucs qui clochent en moi, mais certaines choses sont bien ancrées, comme la joie d’aller vers ce nouveau projet, ainsi que la confiance et l’amour que je porte envers celle avec qui cela prend forme peu à peu.

Hier soir, j’étais donc dans le brouillard le plus épais. Cette fois, me cerveau ne tournait pas vite, que du contraire. On aurait plutôt dit une vieille loco diesel qui attend le départ, coincée au fond d’une gare. J’étais en mode chips, films et bière, un schéma que je connais tellement bien… Et que je n’ai pas eu plaisir à observer s’installer à nouveau. Je croyais que c’était fini, ce temps là ! Du coup je me suis interrogé : est-ce vraiment la même chose ? Non, le désespoir semble plus profond. Et en même temps la flamme de vie est plus présente, celle que je viens de décrire, cette nouvelle vie qui se présente à moi. Puis, chose non négligeable, l’alcool ne m’intéresse plus comme système compensatoire, et cela se confirme de temps en temps, ces rares fois où j’ai bu un verre ou plus, depuis un an.

Le problème c’est que je n’ai pas un pet d’énergie et que je me mets à manger de tout et n’importe quoi, jusqu’à en exploser. Quand je me prends trop la tête en mode sens de la vie, c’est un appel au sucre et les quantités sont de plus en plus importantes. Alors tout le truc c’est d’accepter d’être là dedans, accepter de compenser et de retarder l’explosion de ce qui doit exploser, cette extrême fragilité à laquelle je touche en ce moment là. La nourriture devient alors clairement un exutoire, un sparadrap sur une plaie ouverte, attendant le moment où je devrai le retirer pour constater l’ampleur des dégâts, semblant oublier chaque fois que l’observation de cette plaie me permettra de la soigner de manière plus adéquate et efficace, plutôt que de rajouter des couches de collant les uns au dessus des autres !

C’est à ce moment que je sors de mon trou et que j’appelle les amis. Pas forcément les plus anciens, mais les plus proches au niveau du vécu, celles et ceux dont je sais qui vivent probablement des épisodes semblables et qui, une fois en dehors, trouveront certainement des mots suffisamment bousculants, mais suffisamment doux et proches de ma réalité du moment que pour qu’ils en soient efficaces et me permettent de sortir de là. Dans le même temps, j’appelle à l’aide intérieurement, et je remarque que je ne l’avais pas fait les jours qui précédaient malgré les difficultés intérieures dans lesquelles je me trouvais. S’ensuit quelque chose de magique… Trois amis débarquent chez moi et viennent m’entourer, me permettre d’extérioriser ce qui bouillonne en moi, et m’apprendre une nouvelle fois l’humilité, d’une nouvelle manière.

Et plutôt que « tu te prends trop la tête« , je me sens accueilli tel que je suis, dans ma souffrance du moment et ma fragilité. Je découvre alors qu’il leur arrive, à eux aussi, de s’enfiler le paquet de chips et la boite de 6 snickers glacés à la volée… ce qui ne me rassure pas forcément, mais au moins on sait tous de quoi on parle, ce genre d’état qui nous pousse à faire ça.

Je comprends alors que cette présence m’était nécessaire mais que je n’osais pas la demander, jusqu’à un certain niveau de désespoir. J’avais besoin de ce contact qui peut être apparenté à celui de ma mère autrefois, m’aidant à traverser mes tourments du moment. Et tout cela, puisque mon cerveau fonctionne comme ça, donne lieu à ce décodage, qui pour moi est important, apparemment. Quand je me prends trop la tête, je sais que je devrais m’occuper de mon corps, mais j’ai parfois besoin que d’autres m’aident à reprendre contact avec ce corps que j’aime tant mais que je maltraite dans ces moments. Alors oui, j’ai besoin d’aide et cette aide se manifeste sous différentes formes. Et si je commençais par garder confiance en la Vie, m’en remettre à elle et lâcher prise ? Plus facile à dire qu’à faire. Mais à force je crois que je commence à prendre le pli, même si ça n’y ressemble pas toujours dans l’immédiat…

Laisser un commentaire