Osons la joie !

Pourquoi dire « il faut, je dois » ?

- 10h36

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25 juin 2017 - 15h47

Je m’en souviens comme si c’était hier… Il y a quelques années, ma collègue de travail débarque au boulot, après une formation en permaculture humaine, avec cette proposition : arrêtons de dire il faut ! Waw… Une graine est déposée. Peu à peu, elle se met à germer, timidement pour commencer, et ce n’est qu’avec le temps, les mois, les années que se déclenchera le ras de marée !

J'ai arrêté de dire "il faut"

Il ne faut plus dire il faut, pourrait on dire… un peu facile. Et bien justement, ne disons pas qu’il ne faut plus le dire, car c’est bien de cela qu’il s’agit : reprendre notre plein pouvoir et notre pleine responsabilité sur ce qui se produit dans nos vies. A commencer par décider, ou pas, de s’interroger sur ce il faut. Car il ne faut rien ! Je peux, j’ai besoin, j’ai envie… c’est ça le potentiel de l’être humain. Il y a toujours quelque chose qui vient de moi si je creuse et que je demande : pourquoi je fais ça ?  pourquoi est-ce que je dois ?

Ce pourquoi, cette question des petits enfants qui peuvent nous faire tourner en rond. N’est-ce pas justement parce qu’ils attendent en retour l’expression d’un besoin, une envie plutôt que toutes sortes de concepts et de règles que nous leur servons ?

En me demandant pourquoi, étape par étape, j’arrive inévitablement à ce qui touche à mon Essence, à la Vie elle-même : parce que j’ai envie de vivre. Parce que j’en ai besoin. Le il faut, dans ce contexte, tel un Laisse-moi vivre, est une couche de protection, un écran qui m’empêche de voir ce qui me touche vraiment. Lorsque je retire il faut, j’accède inévitablement à mes émotions, je touche au conditionnement de la société et à ma soif d’autonomie, de liberté. 

Raison pour laquelle, bien souvent, on en vient à répondre ce simple parce que au petit enfant qui nous interpelle sur le sens des choses ? N’est-ce pas une interpellation sur notre difficulté à appréhender l’immensité de l’existence ? Ce parce que, une sorte d’auto-protection que nous mettons en place pour nous éviter d’aller toucher au plus profond de notre Être ?

Avec cette graine germée en moi, j’ai commencé à modifier le il faut par pour atteindre cet objectif, il faut, je dois…

Ensuite est venu j’ai besoin/envie de faire telle chose et pour cela je dois…

Puis je dois se transforme en je vais, tout simplement

On pourrait dire qu’il ne s’agit que de mots, qu’ils ne sont pas importants. La différence est pourtant énorme lorsqu’elle est reliée au pouvoir de l’intention ! Tout comme pour la Communication Non Violente (CNV) que je peux vivre de manière superficielle, c’est pourtant bien un travail de fond qui s’opère, et je dois considérer tous les aspects de ma vie pour me rendre compte de ce qui se joue. Et ce il faut, je dois, s’effaçant peu à peu, laisse place à une légèreté, une paix insoupçonnées.

Je remarque alors que je réalise des choses, qui auparavant me paraissaient lourdes, contraignantes, de manière tout à fait naturelle, lorsqu’elles se placent dans le flux de la vie, dans la confiance nécessaire à l’écoute profonde du j’ai envie, de la flamme intérieure.

Peu à peu, le jugement, la lourdeur du il faut s’estompe et laisse place à la paix. Cette paix que le Laisse-moi vivre réclame, et qui nécessite bien d’entrer en soi afin d’identifier plus précisément ce qu’il proclame. Il faut, je dois, une sorte de résignation bien souvent, alors qu’il s’agit, au fond, d’un choix qui se veut joyeux, le choix de vivre ! Choisissons dès lors de vivre en chaque instant, fermement et dans la joie, et transformons ces il faut, je dois, en ce qui nous conviendra, mais en tous les cas nous appartiendra !

Dans son livre être l’auteur de sa vie, Michelle-J Noël nous parle de l’importance de remplacer le il faut, d’un point de vue de la reprogrammation cérébrale, et suggère qu’il ne soit utilisé que lorsque je peux, je veux et j’ai envie. Alors, dans ce cas uniquement, il faut. Si un de ces trois éléments n’est pas présent, il faut est une mascarade, en quelque sorte !

Quand le il faut absolument rencontre le j’ai super envie, c’est parfois bien délicat. L’élan du cœur, ou l’élan tout court, se trouve confronté à la règle, la norme, la raison. Que fait le cœur dans ce cas ? Il crie maladroitement son élan de vie, son aspiration (ou plutôt la représentation de ce qui symbolise son aspiration), et bien souvent, la colère surgit, si le décalage est trop grand. C’est comme le bébé qui pleure lorsqu’il se sent incompris et qu’il ne comprend pas, cet enfant qui questionne, cet adolescent qui se rebelle !

On remarque aussi que ce qu’on peut appeler la norme, la règle, la raison, est bâtie avant tout sur… des émotions ! C’est donc bien une régulation de la Vie elle-même qui forme notre société et notre conditionnement. Cette régulation évolue inévitablement. Plus je prends conscience de ce qui m’habite et me traverse, plus je modifie ma vie et inévitablement celle de mon entourage…et la société évolue, se rapproche inévitablement de la Vie elle-même, même si les apparences sont bien souvent trompeuses.

Tout le jeu est alors de se rejoindre, de la manière la plus douce qui soit, car nous avons besoin l’un de l’autre… à la fois des règles et la liberté, l’amour et la peur, toutes ces dualités interpénétrées au sein de chaque élément desquelles on retrouve son opposé. Réconcilier mon il faut, je dois avec mon j’ai envie, harmoniser mon il ne faut rien avec le il faut des autres, et cætera, c’est le jeu de la vie, ou plutôt… j’ai envie, le jeu de la vie, en-vie, tandis que la société serait nécessairement bâtie autour de ce il faut, qui limite les envies.

Templusion

Avec tout ça, je cherche, encore et encore, comment faire société et concilier ma liberté et ma sensibilité nouvelles. Ayant laissé tomber toute une série de il faut, je dois, voilà que je me retrouve dans une nouvelle circonvolution : pour continuer à vivre en société, je dois revoir une partie de mes aspirations, dans l’immédiat. Au fond, ce nouveau il faut protège me protège de la détresse toujours présente au fond de moi : comment faire pour concilier ce que je vis, ce que je vois, avec ce qui est autour de moi, puisque seul je ne m’en sors pas ?

Il faut, je dois, est donc bien un système protecteur qui me permet de vivre sans trop me remuer, rester dans ma zone de confort, ne pas aller voir qu’au fond, il ne faut rien, qu’on a tous envie de partager cela, mais qu’on a besoin d’en sortir tous ensemble sans quoi ça devient le bordel sur terre et on se retrouve malade, accidenté, déporté, isolé, bref on souffre quoi. Finalement, je vais continuer à dire il faut, je dois. Je souhaite avoir conscience que mes il faut, je dois sont maintenant l’expression de mon désir de vivre, de mon besoin de protection face à ma propre détresse enfouie, et comprendre que, quand je le souhaite, je peux aller questionner et ouvrir ce dossier pour continuer à le réparer.

Il faut, je dois, parce que je veux vivre, j’ai envie de vivre et je suis capable de vivre !

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