Osons la joie !

Quand les incompris se rejoignent

- 12h55

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20 juin 2017 - 23h04

Il y a peu, je criais haut et fort que j’étais bipolaire et que j’en étais fier, dans l’idée de démontrer qu’on l’est tous et que cette maladie n’est qu’une vaste blague. Aujourd’hui je ne suis plus si certain de tout cela, pour ne pas dire que je doute de tout… car par moments je me considère réellement bipolaire, et dans ces moments-là, ça ne me réjouit pas. Fort heureusement, je ne me limite pas à cela ! Je suis aussi hypersensible, haut potentiel et créatif, entre autres. Et si, tout simplement, je vivais, et que c’est de cela qu’il s’agissait ?

Après avoir vécu une phase de « bipolaire qui prétend l’être puis qui au fond ne veut pas le devenir », me voilà maintenant dans une période d’hypersensibilité, comme j’en témoigne dans l’article hier j’ai été malade. Je suis curieux de découvrir de quelle manière est vécue cette hypersensibilité pour les personnes qui vivent des des troubles bipolaires et psychotiques de manière générale… mais je ne suis pas toujours en mesure de les rencontrer de cette manière !

quand les incompris se rejoignent

Il y a quelques jours, je me suis rendu à une rencontre de personnes hyper-sensibles à Montpellier. J’avais notamment envie de rencontrer une personne dont j’avais découvert le blog pendant ma période d’extase mi-mai, alors que j’étais à la recherche d’un terrain commun : d’autres humains qui vivaient, percevaient, comprenaient ce que je vivais de mon côté.

J’avais, pour cela, fait une recherche internet de type « éveil de conscience haut potentiel émotions bipolarité » histoire de trouver des personnes qui, comme moi, font des liens entre ces différentes étiquettes.

A travers mes écrits récents, j’exprimais ce besoin vital de trouver des pairs qui partagent mon univers, et tout de suite s’il vous plait, parce que le temps se contractait ! Au sein de cet univers qui devient de plus en plus vaste et complexe par moments, ma recherche pour me sentir rejoint comme j’en ai besoin ressemble à un véritable casse-tête, au sein duquel je me retrouve in fine victime de mon propre mécanisme de fonctionnement, dans une sorte de processus d’auto-rejet dont voici une illustration.

A peine arrivé à cette rencontre à laquelle je me réjouissais de participer, me voilà invité à partager mon parcours récent, mes écrits ayant été remarqués par un membre du groupe. Il n’aura pas fallu quelques minutes pour que mon corps se mette à pétiller, me sentant vivre et vibrer comme jamais depuis quelques semaines, alors que je rouvrais un dossier laissé de côté depuis mon séjour à l’hôpital psychiatrique il y a peu de temps. J’ai donc raconté, en résumé, ce qui m’a mené jusqu’à cette rencontre, suggérant ainsi les liens, devenus pour moi évidents, entre éveil de conscience et bipolarité.

J’ai remarqué que suite à ce témoignage et l’attention que mes pairs m’ont témoignée, je m’étais « décalé » et que j’avais envie de poursuivre et prendre un rôle de conférencier, de guide. Comme si la situation avait ouvert les portes d’un mode « canal », avec la difficulté qu’à ce moment là je ne suis pas invité à exposer ce qui me traverse. Le décalage devient alors immédiat, et je me retrouve dans un état de panique intérieure car je sens que je glisse vers l’isolement, le besoin de crier ce qui me traverse, et en même temps l’impossibilité de le faire.

Le mode « canal », sans invitation, devient alors de la manipulation, de l’Ego, de la folie, des paroles inutiles ou réductrices, finalement. Comme le témoin de Jéhovah qui va donner des messages à quelqu’un qui ne le demande probablement pas, d’une manière qui ne lui convient certainement pas… la beauté et la vérité contenue dans ces messages sont perçues alors de manière complètement réductrice et non souhaitable.

Il s’agit d’un espèce de paradoxe en apparence insurmontable : j’aurais besoin de prendre une posture de conférencier ou de guide, et en même temps je n’ose pas le faire, parce que bien souvent, je me prends des tartes dans la gueule quand je prends cette attitude et que je n’y suis pas invité. J’ai donc trop peur des conséquences, car ces tartes, de simples petites réactions ou incompréhensions, peuvent, dans ma grande fragilité du moment, remettre tout en question et bousculer complètement cet équilibre précaire, mais pourtant si beau, de ma vie dans l’instant.

Résultat, je la ferme et je prends sur moi ce qui… vient de moi. Car c’est bien mon univers qui se présente avec force, mes repères qui se manifestent, et, au-delà de cela, mon besoin de me sentir exister, ma grande force de vie ! Je m’observe alors glisser peu à peu vers un désespoir, un désalignement, tout en cherchant activement dans toutes les expériences passées qui me viennent à l’esprit, des éléments qui pourraient me rassurer, ou des exercices, des pratiques, des processus régulateurs qui pourraient me permettre de modifier les vibrations du moment.

Dans ce cas précis, je me suis extrait du groupe et j’ai grimpé dans le premier arbre que j’ai rencontré. J’ai tourné quelques temps en boucle sur cette si bénéfique question : de quoi ai-je besoin ? Et j’en suis arrivé à la conclusion que j’avais besoin, dans l’immédiat, de rester en lien avec le groupe et que j’avais besoin de leur partager simplement ce que j’étais occupé à vivre. Mais c’était tellement intense, la blessure de rejet qui se présentait à nouveau à moi, d’autant plus que cette fois, c’est vraiment moi qui l’ai activée, par un mécanisme subtil de renvois de peurs, avec en place centrale la peur de la folie et de l’hospitalisation !

J’ai envie de souligner à nouveau à quel point le comportement de l’entourage, lors d’une crise bipolaire ou autre, est essentiel et créateur. Décider de me ramener dans l’idée de m’intégrer coûte que coûte à l’hôpital, entraîne tellement de conséquences psychiques de toutes parts… je vis maintenant avec cette nouvelle peur, qui en remplace d’autres, parce que ma famille était prise, de son côté, dans ses propres peurs. D’un point de vue, tout était nécessaire, et cette peur me protège, tandis que du côté de ma famille, la peur de la bipolarité a probablement évolué. Bref, jeu subtil de la vie et de la psyché humaine…

J’ai donc accueilli cette tristesse sans nom qui se présentait à moi, comprenant qu’il s’agissait pour moi d’oser la confiance au sein de ce groupe, oser l’authenticité. Encore et toujours, comme une ligne de vie du moment, qui me semblait tellement difficile dans cette situation précise… que je leur ai parlé de loin, en regardant le groupe depuis mon arbre perché. Cet exercice m’a permis d’identifier progressivement ce qui se passait, puis plus tard dans la soirée, j’ai pu leur partager ce que j’avais vécu.

Lors de ces rencontres, il est apparemment courant que chacun dispose de la liberté de s’extraire du groupe s’il en sent le besoin et de faire ce dont il a besoin pour rester aligné… cela me semble nécessaire, et tellement beau quand on peut y ajouter ce partage dans l’authenticité par la suite, qui m’est si cher : de quoi avais-tu besoin quand tu es parti ?

In fine, ce qui s’est présenté, c’est la peur de la maladie. Celle que je choisis, celle qu’on m’attribue, celle qu’on craint dans notre société, elle-même malade, dit-on bien souvent. Ma grande peur du moment, ma grande blessure est de me sentir décalé de mon entourage, et finalement, c’est un peu l’histoire de ma vie. Comme une mission de vie, finalement, celle de me sentir à part, rejeté, incompris, tout en découvrant progressivement les pépites au fond de moi et me sentant de plus en plus capable de les exposer au jour et de les partager, afin de rejoindre mes pairs, eux aussi bien souvent incompris et rejetés.

Rendre ce témoignage public, c’est pour moi juste vivre, finalement. Partager à un groupe mon authenticité du moment, ma fragilité, ma peur, ma tristesse mais aussi ma joie, c’est aussi rendre public ce qui m’habite, me rendre public. Tout est pour moi une question d’échelle, et d’invitation à le faire. Alors j’attends. J’attends des retours, des réactions, des propositions… pour pouvoir faire quelque chose de toute cette matière, et ce ne sont pas les idées qui manquent, simplement d’autres êtres en recherche qui partagent le même univers.

J’ai plusieurs articles en attente d’ailleurs, pour lesquels j’attends le moment, ou l’invitation ? J’ai probablement besoin, en cet instant, de sentir une utilité complémentaire à cette expression, cette écriture.

Quand les incompris se rejoignent et qu’ils se comprennent, les mots deviennent par moment inutiles et ils peuvent créer, utiliser leur potentiel, partager leur force de vie. Le besoin de me dire diminue, s’espace, change de forme, la variété revient, l’intégration continue. Je deviens encore plus « moi », probablement qui je suis vraiment, conférencier, écrivain, guérisseur, comédien, musicien, poète, ami et bien d’autres choses encore, grandissant régulièrement en humilité, à chaque fois que mon entourage me renvoie que je me mets trop en avant…

Alors maintenant, j’écoute plus particulièrement celle qui partage mon chemin depuis quelques mois, une incomprise, hyper-sensible elle aussi probablement, et plus nous avançons et nous rencontrons, plus nous nous révélons nos propres ombres, plus la lumière s’installe en nous et entre nous, la vie, la créativité, tout devient alors possible. Ensemble, nous pouvons ainsi nous tempérer, nous élever mutuellement, nous inspirer, dans cette belle complémentarité d’hypersensibilité, et rencontrer d’autres personnes, qui, comme nous, souhaitent créer et partager ensemble… notre sensibilité.

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