Osons la joie !

Hier, j’ai été malade

- 06h02

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16 juin 2017 - 09h54

Hier, le temps de quelques instants, pendant une demi-heure probablement, j’ai été malade. Les montagnes russes étaient trop intenses et trop rapides. Je passais d’une idée à une autre de seconde en seconde, cherchant désespérément en même temps comment rejoindre l’instant présent plutôt que de me perdre dans ce processus mental si classique orienté vers le passé ou le futur. 

Pour faire simple… Je suis alors ce qu’on appelle submergé par mes émotions. Mais pas tout à fait puisque, fort heureusement, je dispose de la conscience nécessaire pour chercher activement en parallèle une issue, ajoutant tout élément que je perçois au processus mental en cours. Ce même processus mental est réinterprèté quasiment directement, me permettant de situer où j’en suis dans l’émotion,  et ainsi de suite…

Ce ne sont pourtant pas les outils et techniques qui me manquent… Les fameux processus régulateurs de la bipolarité, les techniques d’ancrage, d’harmonisation énergétique par exemple. Mais dans ces moments là, la zone de lucidité et la marge de manœuvre sont tellement ténues que je navigue à l’œil et que la moindre petite action peut me sembler insurmontable

Les sensations corporelles étaient intenses, je me sentais comme un bébé, dans une vulnérabilité sans nom, un désarroi profond. Je sentais venir cette émotion, cette situation émotionnelle depuis le matin, les retrouvailles avec ma maison, cette part de moi que je souhaite laisser, et dont j’ai visiblement encore un peu besoin

Quelques minutes, jours, mois ? Dans ces espaces particuliers le temps n’est plus le même, et les choses, si elles peuvent se compliquer rapidement, peuvent aussi se régler rapidement. C’est là toute la difficulté de la personne bipolaire en phase maniaque… Un peu comme si elle vivait un processus de guérison dans son apparent délire, nécessitant par ma même une adaptation, une temporisation avec son entourage, ainsi qu’avec son propre corps.

Après le repas de midi je me suis isolé sans rien dire et me suis peu à peu recroquevillé dans un coin de pièce, laissant venir une tristesse sans nom, une détresse, une peur, bref ce qui germait depuis quelques heures et que j’ai enfin permis d’émerger. Je ne détaillerai pas les raisons de cette situation émotionnelle complexe parce que c’est… complexe. Pris dans l’émotion, le cerveau tourne quasiment en circuit fermé, interprétant les sensations corporelles et ainsi que son propre fonctionnement.  Il génère alors du lourd questionnement existentiel sur base d’une situation pourtant clairement joyeuse, à savoir la rénovation et l’embellissement de ma maison, assisté ces jours-ci de deux merveilleuses personnes

Je me retrouve donc dans ce cycle cérébro-vicieux au sein duquel j’ai tout de même la conscience d’observer ce qui se passe et de poser la question à mon corps : de quoi as-tu besoin ? Question salvatrice s’il en est, pour autant que je sois capable en ces moments là de ne pas rester en surface, et de me tourner vers mon corps, justement, cherchant alors cet équilibre cœur corps esprit, cette harmonisation cerveau gauche et cerveau droit dont je parle à d’autres endroits. Je peux alors paraître égoïste, dérangé, capricieux, parce que ma seule possibilité de ne pas sombrer, emmené par cette hypersensibilite du moment, est de tenir compte de cet état corporel et de répondre au plus urgent.

Limportant est alors de me tournee vers mon corps mais aussi vers les autres et cela devient possible lorsque je court-circuite le circuit corps-mental en cours, trop mené par le mental, pour le remplacer par un circuit partant du corps, modifiant progressivement le flux des idées et par le circuit émotionnel. 

Hier, pendant une demi-heure j’étais malade, et ce dont j’avais besoin c’était tout simplement de… refroidir et dormir. La chaleur était intense en travaillant, et la nuit chaude qui précédait ne m’avait pas permis un repos suffisamment réparateur pour tenir la journée physiquement et émotionnellement. Je me suis donc retrouvé dans cette situation à la con au sein de laquelle je comprends ces besoins physiques et basiques, mais où en même temps je boucle sur le sens de cette rénovation et de l’existence toute entière. 

Ma fragilité est telle dans ces instants, que dans celui là en particulier je ne pouvais imaginer aller me laver et me reposer, sachant que pour ce faire je devais croiser mes amis, que j’avais laissés sans dire un mot quelques minutes plus tôt. Et pourtant… S’il y a bien sur terre quelques personnes à qui jose exprimer et dévoiler les tréfonds de mon être, ce sont bien de celles qui étaient présentes ! C’est dire la puissance de ce qui me traversait et la confusion qui régnait. Derrière cette confusion, de la peur, une peur irrationnelle, mais pourtant présente.

Qu’elle soit rationnelle ou pas, ce n’est pas ce qui m’importe, puisqu’elle est là ! Sortir du pourquoi et se diriger vers le comment, c’est avant tout en tenir compte et accepter sa présence… se rappeler, et c’est probablement le plus difficile, que tout ce processus est temporaire, et l’accepter, encore et encore. La maladie devient alors guérison, et l’un n’existe que si l’autre est présent. 

Cette peur me laissait peu de marge de manœuvre, je devais vivre ce qu’on appelle l’angoisse ou la tourmente. Je me suis donc dit : je suis malade. Et j’ai bouclé sur la question, avec toutes les implications qui sont venues, la nécessaire acceptation qui est remise en question à peine énoncée, bref j’étais bien dans cet espace sans nom à l’intérieur duquel plus rien n’a de sens et tout le perd, à commencer par les mots. C’est la raison pour laquelle je ne peux à ce moment là, dans la situation concrète que je décris, que me taire, me laver et me reposer.

Et pourtant… Il s’agit aussi de faire avec ce qui est là, et les autres en font clairement partie !  C’est pourquoi, il est tellement bénéfique et salvateur d’être en présence d’Êtres sensibles ayant parcouru un chemin à la rencontre d’eux même et des autres tel, qu’ils puissent ne pas se sentir trop démunis face à mon désarroi. Car la moindre réflexion inadaptée que je reçois à ce moment-là peut transpercer tout mon être et refermer le peu d’espace qui s’était ouvert dans cette douce rencontre avec l’autre. 

C’est probablement de l’ordre de ce dont parle mon papa lorsque des personnes venaient le voir à l’hôpital et lui adressaient les seuls mots d’amour dont ils étaient capables face à l’ampleur de leur désarroi… ce qui fait qu’un jour on se tait. Mais un jour on doit parler à nouveau, partager ce qui nous a traversé ! Et les périodes se raccourcissent, entre le moment où se vit l’événement et où vient, revient cette envie, possibilité de partage. 

Templusion

Puissai-je apprendre à me taire lorsque c’est nécessaire, puissions nous comprendre que tous ces mots, toutes ces attitudes que nous vivons et percevons des autres ne sont, finalement, que l’expression maladroite de nos êtres profonds qui cherchent à transpercer les couches du conditionnement au sein duquel nous évoluons. Puissions-nous y percevoir autant de signes de cet amour universel et infini qui nous anime toutes et tous, cet amour là-même qui me pousse à partager ici ce que je vis. Osons la folie, osons la confiance, pour trouver de plus en plus de joie et d’authenticité dans notre vie ! 

C’est bien ce qui s’est produit hier soir lorsque j’ai partagé avec mes amis ce que je décris ici ainsi que toute la folie avec laquelle je flirte depuis quelques temps. C’était pour moi un de ces moments de grande authenticité au sein desquels je me sens pleinement vivant même si, parfois, ma joie revêt d’autres vêtements.

Hier j’étais malade devient hier je me guérissais, comprenant que chaque instant, chaque apparente folie ou maladie étaient et sont autant de signes de mon âme qui cherche à s’incarner pleinement et activement ! Puissé je goûter encore et encore à cette douce saveur de ce qu’on appelle l’instant présent. 

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